Perspectives Collégiales

Mars 2012 • Vol 7 No 5

La tablette sur la sellette

Quiconque n’a pas passé les deux dernières années sur la planète Mars a forcément entendu parler du iPad et de ses multiples applications. Tandis que les manchettes traitent régulièrement des fameuses tablettes tactiles, ces dernières font chaque jour de nouveaux adeptes, investissant toujours plus avant et à vitesse grand V les sphères du divertissement, du travail… et de l’enseignement.

Le lancement planétaire de la troisième génération du iPad d’Apple au début du mois est venu confirmer que l’adoption des tablettes numériques se fait à un rythme effréné. En effet, pour la vingtaine de bons vieux ordinateurs fixes ou portables vendus pour chaque tablette en 2010, le ratio est passé à six pour un en 2011(1). Même les plus sceptiques commencent maintenant à se demander si la tablette n’en viendra pas un jour à remplacer le traditionnel poste informatique. Si nous sommes encore loin du compte, la plupart des observateurs s’entendent au moins sur une chose : la vague d’adoption ne fait que commencer. Apparemment, l’avenir sera mobile et tactile, et il faudra s’y habituer(2).

Même les plus sceptiques commencent maintenant à se demander si la tablette n’en viendra pas un jour à remplacer le traditionnel poste informatique.

Bien entendu, le monde de l’éducation prend aussi part à cette grande danse techno. Chez nos voisins américains, par exemple, les tablettes tactiles font de plus en plus partie du quotidien des étudiants et des enseignants, et ce, à tous les niveaux d’enseignement. Plus près de nous, divers projets pilotes intégrant la tablette numérique ont également cours dans plusieurs établissements d’enseignement un peu partout au Québec.

Les cégeps ne font pas exception, et c’est pourquoi Perspectives collégiales se penche ce mois-ci sur quelques cas d’intégration de la tablette numérique en cours ou à venir dans différents programmes d’études collégiales.

Éducation spécialisée jusqu’au bout des doigts

En janvier dernier, le iPad a fait son entrée dans le programme Techniques d’éducation spécialisée au Cégep de Victoriaville. « Nous avions le goût de développer des stratégies d’apprentissage et d’intervention novatrices pour que les étudiants et les étudiantes puissent créer et développer des outils d’intervention différents et actuels », explique d’emblée Lorraine Ouellette, conseillère pédagogique TIC, qui participe activement au projet.

Le choix du iPad est loin d’être fortuit pour le programme d’éducation spécialisée. Au-delà de ses fonctions de base, telles que la recherche sur Internet et le traitement de texte, certaines applications mobiles configurées pour la tablette d’Apple permettent d’atteindre des objectifs pédagogiques précis, telle la conception de stratégies et d’outils d’intervention auprès de clientèles très spécifiques. Lorraine Ouellette cite en exemple l’application québécoise MARTi(3), un gestionnaire de tâches interactif spécialement conçu pour soutenir des personnes qui présentent une déficience intellectuelle ou un trouble envahissant du développement ainsi que pour les organisations qui dispensent des services professionnels et techniques en éducation spécialisée : « Nous nous sommes rendus dans les laboratoires de l’UQTR pour nous familiariser avec MARTi et nous sommes fiers d’être parmi les premiers à utiliser cette application. »

En plus des autres applications en éducation spécialisée disponibles sur l’App Store, les fonctionnalités d’enregistrements sonores et vidéos de l’appareil peuvent également servir à rétroagir et à réfléchir sur les interventions effectuées lors d’un stage. « Il s’agit de notre première cohorte à utiliser la tablette et la session n’est pas terminée, aussi il est encore trop tôt pour en évaluer les retombées. Reste que les premiers échos que nous avons sont très positifs : pour ce qui est de la motivation et de l’intérêt de nos étudiants, c’est un gros A+ », conclut la conseillère pédagogique TIC.

Un « DEC-iPad » pour la gestion de projet en communications graphiques

Le Cégep Beauce-Appalaches prendra lui aussi le virage de la mobilité dès l’automne 2012, alors que la tablette numérique d’Apple sera intégrée à son programme de Gestion de projet en communications graphiques. « C’est en sondant les employeurs de nos finissants, c’est-à-dire les agences de communications graphiques, les firmes spécialisées dans le Web ainsi que les imprimeurs, que nous avons compris qu’il y avait là un réel besoin », explique Jean-Philippe Aubé, enseignant et coordonnateur du programme. En effet, la maîtrise des applications mobiles liées à la coordination et à la production de projets devient de plus en plus un enjeu crucial dans ces secteurs d’emplois.

Parmi les objectifs pédagogiques liés à l’utilisation de la tablette numérique se trouve celui de favoriser une participation plus active des étudiants. Jean-Philippe Aubé en donne quelques exemples : « L’idée est de placer l’étudiant au cœur même des apprentissages, en lui permettant d’effectuer des recherches ou de procéder à des vérifications en ligne, ou encore en lui demandant de « prendre le contrôle de la classe » en diffusant le contenu de sa tablette au tableau. » Une autre

utilisation intéressante pointée par l’enseignant-coordonnateur est liée aux fonctions de lecture et d’écriture interactives propres aux tablettes numériques : « Certaines notes de cours seront progressivement transformées en véritables « eBooks » qui, au fur et à mesure de la session, pourront être enrichis d’exemples donnés par l’enseignant ou annotés par l’étudiant. »

Avec son nouveau « DEC-iPad », le Cégep Beauce-Appalaches espère notamment attirer les regards vers son programme de Gestion de projet en communications graphiques, avec l’objectif de doubler le nombre d’inscriptions d’ici les trois prochaines années.

Comptabilité mobile et gestion tactile

Au Cégep de La Pocatière, tous les étudiants inscrits au programme Techniques de comptabilité et de gestion ont accès à des tablettes tactiles depuis septembre 2011. Marie Dallaire, responsable du programme, explique la démarche : « L’introduction du iPad nous permet de diversifier les méthodes d’apprentissage et les étudiants peuvent apprendre à utiliser un nouvel outil de plus en plus prisé par les entreprises, particulièrement dans les milieux de la gestion et du marketing. »

Étudiants au programme Techniques de comptabilité et de gestion du Cégep de La Pocatière travaillant avec le iPad.

Si les iPad viennent s’ajouter à l’équipement technologique des classes ― ordinateurs portables, connexion sans fil haute vitesse et tableaux interactifs ―, Marie Dallaire constate chez les étudiants une motivation particulière liée à l’utilisation des tablettes tactiles. « Dans le cas d’exercices à faire avec l’iPad, que ce soit individuellement ou en équipe, le niveau de concentration s’élève généra- lement d’un cran. » La recherche d’informations sur les marchés boursiers, la gestion de tâches, la conversion de devises, le calcul de prêts et la simulation budgétaire ne sont que quelques exemples des possibilités d’utilisation qu’offre la tablette aux nombreuses applications pour les différents cours du programme.

« L’introduction du iPad nous permet de diversifier les méthodes d’apprentissage et les étudiants peuvent apprendre à utiliser un nouvel outil de plus en plus prisé par les entreprises. »

« C’est sûr qu’en début de session il y a quelques ajustements à faire, ajoute la responsable du programme Techniques de comptabilité et de gestion. Tous les étudiants ne débutent pas au même niveau. Il y en a qui sont déjà familiers avec le iPhone, par exemple, et qui partent avec une longueur d’avance pour utiliser la tablette. Pour les autres, la période d’exploration et d’appropriation peut être parfois un peu plus longue, mais ils apprennent rapidement à pianoter aussi bien que leurs collègues plus expérimentés! »

« Il y a une application pour ça »(4)

Qu’on soit technophile ou technophobe, il faut se rendre à l’évidence : les tablettes numériques et les applications pour appareils intelligents sont là pour rester, et tout porte à croire qu’elles seront de plus en plus utilisées dans nos vies personnelles et professionnelles au cours des prochaines années. Il s’agit d’utiliser ces nouveaux outils de manière productive et créative. Et déjà, les cégeps sont bien positionnés pour tracer la voie… du bout des doigts.

Applications mobiles : un marché en pleine ébullition

Inexistant il y a à peine quelques années, le marché des applications mobiles est en pleine expansion ― c’est un euphémisme de le dire. Si le système iOS pour iPhone, iPad et iPod touch tient le haut du pavé avec ses centaines de milliers d’applications cumulant à elles seules 25 milliards de téléchargements à ce jour, la multiplication des systèmes et des plateformes ajoute à l’étendue et à la complexité de ce marché de niche technologique. En effet, Google, le plus proche concurrent d’Apple, offre la plateforme Android qui roule sur un grand nombre de tablettes et de téléphones différents, tandis que Research In Motion (RIM) et Windows possèdent eux aussi leurs propres systèmes d’exploitation.

Qui dit marché en ébullition dit aussi grand besoin de main-d’œuvre et, une fois de plus, les cégeps sont au rendez-vous. Le Département de techniques de l’informatique du Cégep de Drummondville a senti le besoin d’investir ce secteur en émergence et a introduit dès l’automne 2011 le développement d’applications mobiles sur la plateforme Android pour ses finissants. Certains d’entre eux, dans le cadre de leur stage, sont déjà en train d’accompagner des entreprises dans leur virage technologique avec cette nouvelle compétence en poche. Même sonnerie de téléphone intelligent du côté du Cégep de Sainte-Foy, qui offre depuis septembre dernier le programme court en Développement d’applications pour appareils mobiles, menant à l’obtention d’une attestation d’études collégiales (AEC), afin de former des spécialistes en développement et en programmation de systèmes et applications Web et mobiles.

Références

1. « L’iPad contre l’ordinateur », La Presse, 8 mars 2012.


2. Voir aussi « Réunion sans papiers : Québec à l’aube du virage numérique », Le Soleil, 12 mars 2012.


3. Le développement de l’application MARTi est le fruit d’un partenariat entre la Chaire de recherche sur les technologies de soutien à l’autodétermination de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement de la Mauricie et du Centre-du-Québec – Institut universitaire et la firme Infologique innovation inc.


4. Traduction libre de « There’s An App For That », célèbre slogan utilisé par Apple pour vanter les mérites du App Store pour ses appareils iPhone, iPad et iPod touch.