Perspectives Collégiales

 Octobre 2012 • Vol 8 No 1

Mieux servir les jeunes partout

Disposer de marges de manoeuvre pour offrir à l’ensemble des jeunes tous les services dont ils ont besoin est une préoccupation de chaque collège. C’est aussi l’objectif vers lequel convergent les priorités de la Fédération des cégeps en 2012-2013. Parce que s’arrimer aux besoins des jeunes tout en leur offrant une formation de qualité est au coeur de la mission des cégeps depuis leur création.

Plus de services aux étudiants en situation de handicap

Depuis 10 ans, le nombre d’étudiants présentant un handicap autre que physique est en progression au cégep. En 2000, 136 jeunes avaient un trouble d’apprentissage — dyslexie, dysorthographie et dyscalculie, par exemple —, un trouble de déficit de l’attention ou un trouble de santé mentale. En 2010, ils étaient 2947 dans cette situation. Le nombre d’étudiants avec un handicap physique — déficience auditive, visuelle, motrice et autre — est également en hausse : de 303 en 2000, ce nombre est passé à 1210 en 2010. Au total, plus de 4000 étudiants en situation de handicap fréquentent donc le collégial.

Tous ces étudiants attendent de leur cégep qu’il leur offre des services diversifiés et adaptés à leurs besoins. D’ailleurs, c’est aussi ce que prévoient la Charte des droits et libertés de la personne et la Loi assurant l’exercice des droits des personnes handicapées en vue de leur intégration scolaire, professionnelle et sociale, qui attribuent aux cégeps des obligations légales en matière de services à rendre aux jeunes en situation de handicap.

Au total, plus de 4000 étudiants en situation de handicap fréquentent donc le collégial.

Au fil des ans, les collèges ont mis en place de nombreuses mesures pour faciliter le cheminement au cégep de ces étudiants. Ils ont entre autres mis en oeuvre des stratégies d’apprentissage adaptées, implanté des logiciels spécialisés et favorisé le développement des habiletés sociales et comportementales nécessaires pour réussir un parcours collégial. Des services d’accompagnement éducatif et physique, de l’aide aux déplacements et à l’alimentation dans le collège, et du soutien à l’utilisation de matériel adapté — une enregistreuse numérique, par exemple — font aussi partie des mesures implantées. Mais l’augmentation et la diversification des besoins sont telles que les collèges ne disposent pas des ressources financières adéquates pour offrir tous les services nécessaires. Par conséquent, la Fédération des cégeps ira demander au gouvernement d’accorder 10 M$ supplémentaires au réseau collégial public, afin qu’il soit notamment possible de développer des services d’accueil dans tous les établissements et d’élargir l’offre d’accommodements pour les étudiants en situation de handicap, en plus d’embaucher et de former du personnel.

Diversification de l’offre de formation et respect des compétences

Mieux servir les jeunes, c’est aussi leur offrir des parcours de formation qui correspondent davantage à leur réalité personnelle, scolaire et professionnelle. D’autant plus que le marché du travail, touché par des pénuries de main-d’oeuvre qualifiée, les attend avec impatience ces jeunes. Selon les perspectives du marché du travail 2011-2020 publiées par Emploi-Québec, plus de 90 % des nouveaux emplois techniques, soit près de 100 000 postes, demanderont une formation de niveau collégial. Il faut donc amener le plus grand nombre possible de jeunes à choisir la formation technique au cégep, et leur permettre d’intégrer des programmes d’études plus souples constitue de toute évidence une bonne voie pour les y encourager. La Fédération des cégeps estime donc que le gouvernement doit accorder aux cégeps les marges de manoeuvre réglementaires nécessaires pour qu’ils puissent diversifier et assouplir leurs formats et leurs parcours de formation, et ainsi offrir des DEC par modules et des programmes d’études à temps plein et à temps partiel à durée variable, par exemple.

La Fédération veut également s’assurer du respect des qualifications des jeunes techniciens et techniciennes formés au cégep. Ces diplômés de la formation technique possèdent des compétences de haut niveau, acquises dans des programmes de formation élaborés et révisés en collaboration avec le marché du travail. En 2010, le taux de placement des techniciens se situait à près de 93 %, c’est donc dire qu’ils sont non seulement attendus sur le marché du travail, mais également appréciés. Or, des ordres professionnels et des acteurs du marché du travail, du domaine de la santé et des services sociaux notamment, militent pour que le baccalauréat soit dorénavant exigé dans des secteurs où les diplômés de la formation technique agissent avec compétence depuis plus de 40 ans.

Il faut se demander comment maintenir une offre de programmes d’études de qualité partout et, surtout, comment faire en sorte que tous les jeunes du Québec se voient offrir les mêmes chances d’accéder à l’enseignement collégial près de chez eux.

L’automne dernier, c’est l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) qui a relancé le débat à cet égard en demandant au gouvernement de lier la pratique de la profession d’infirmière à l’obtention d’un diplôme universitaire. Pour la Fédération, il est incontestable que les infirmières et les infirmiers formés au cégep détiennent les qualifications professionnelles adéquates pour agir efficacement sur le marché du travail. Elle reconnaît cependant que le Québec peut avoir besoin à la fois d’infirmières techniciennes et d’infirmières bachelières, plus spécialisées. Un point de vue qu’elle fera valoir au cours de la prochaine année, en proposant que chaque catégorie d’infirmières ait son champ d’exercice distinct correspondant chacun à un permis différencié. La Fédération suivra aussi la mise en oeuvre de la Loi modifiant le Code des professions et autres dispositions législatives dans le domaine de la santé mentale et des relations humaines (L.Q. 2009, c. 28), pour s’assurer que les qualifications des techniciens touchés par cette loi soient respectées.

Maintien de l’accès à l’enseignement collégial sur tout le territoire

La création des cégeps il y a plus de 40 ans a permis d’assurer l’accès à l’enseignement supérieur pour les jeunes et les adultes sur l’ensemble du territoire, ce qui constitue aujourd’hui encore un atout socioéconomique pour le Québec. Cependant, les variations de la démographie créent maintenant une situation difficile dans plusieurs collèges, en particulier en région. Si le réseau collégial a vu son nombre de nouveaux étudiants augmenter légèrement de 0,7 % en 2012, les prévisions du ministère de l’Éducation indiquent que la population étudiante des cégeps diminuera de 26 500 jeunes entre 2011 et 2020. Dans un tel contexte, il faut se demander comment maintenir une offre de programmes d’études de qualité partout et, surtout, comment faire en sorte que tous les jeunes du Québec se voient offrir les mêmes chances d’accéder à l’enseignement collégial près de chez eux. La Fédération des cégeps mènera des travaux autour de ces enjeux fondamentaux pour notre société, de manière à être bien documentée pour entreprendre un dialogue à ce sujet avec les instances gouvernementales concernées.

Stabilité du financement pour une meilleure planification des services

Enfin, mieux s’arrimer aux besoins des jeunes, c’est aussi être en mesure de planifier sur une plus longue période les services éducatifs qui leur sont offerts. Or, sur le plan du financement, les cégeps sont soumis depuis au moins une dizaine d’années à une sorte de mouvement perpétuel qui fait alterner les compressions et les réinvestissements, ce qui empêche toute forme de planification budgétaire à long terme.

Ainsi, en 2011-2012, le réseau collégial public s’est vu imposer deux compressions budgétaires imprévues, la dernière en pleine année scolaire, alors que le budget de chaque collège était adopté, tout comme son plan d’effectifs. Des établissements ont notamment été forcés de réduire l’accès des étudiants aux services d’un psychologue ou d’un conseiller en orientation, de diminuer le nombre d’heures de présence de techniciens de laboratoire, ou encore de limiter le nombre de stages à l’étranger pour les étudiants. Puis, quelques mois plus tard, conformément au scénario habituel, le budget du Québec 2012-2013 est venu accorder aux cégeps les sommes nécessaires pour couvrir leurs « coûts de système »! Pour que les collèges puissent se développer de manière optimale en fonction des besoins évolutifs des étudiants, dans la perspective de maintenir l’accessibilité à des services de qualité, la Fédération des cégeps discutera avec ses interlocuteurs du gouvernement de l’adoption d’un modèle de financement s’étalant sur un horizon plus étendu, sur cinq ans par exemple.

Sur le plan du financement, les cégeps sont soumis depuis au moins une dizaine d’années à une sorte de mouvement perpétuel qui fait alterner les compressions et les réinvestissements, ce qui empêche toute forme de planification budgétaire à long terme.

La Fédération défendra également le libre choix des étudiants de fréquenter un établissement collégial francophone ou anglophone, dans le contexte où le Parti Québécois, qui forme maintenant le gouvernement, pourrait vouloir étendre au collégial les dispositions de la loi 101 relatives à la langue d’enseignement comme le prévoyait sa plateforme électorale. Au fil des ans, 95 % des francophones ont choisi un cégep de langue française, et le taux d’allophones qui fréquentent un collège francophone est en augmentation constante depuis 1997; de 44,1 % cette année-là, il avait grimpé à 61,3 % en 2010. Par conséquent, la Fédération juge qu’au lieu d’étendre l’application de la loi 101 au cégep, il faudrait se demander ce que le Québec peut faire de mieux en ce qui concerne l’accueil des immigrants, leur intégration à la société québécoise et au marché du travail, ou encore en matière de reconnaissance des diplômes étrangers et de valorisation de la langue française.

On le voit, l’ensemble des priorités de la Fédération des cégeps pour 2012-2013 sont dictées par une même motivation : faire évoluer les services des collèges dans le meilleur intérêt des jeunes, pour l’avancement du Québec.