Textes d’opinion

Lettre ouverte – La qualité de la formation collégiale en soins infirmiers jamais mise en cause

par Jean Beauchesne, président-directeur général de la Fédération des cégeps

Dans la foulée du dépôt du rapport du président du Groupe de travail sur la formation de la relève infirmière, auquel siégeait la Fédération des cégeps, des personnes de différents horizons ont déploré que le baccalauréat n’ait pas été rendu obligatoire pour accéder à la profession infirmière, comme c’est le cas ailleurs, dit-on.

Les cégeps formant depuis plus de quarante-cinq ans les infirmières et les infirmiers qui ont bien servi plusieurs générations de Québécoises et de Québécois, je me permets de rappeler quelques faits, dans le but surtout de rassurer la population sur la qualité des services qui lui sont donnés dans les différents milieux de la santé et des services sociaux.

D’abord, est-il encore vraiment nécessaire de rappeler que le fait d’opposer la formation du personnel infirmier d’ici à celle qui est offerte ailleurs, c’est « oublier » de prendre en compte l’existence du cégep, une réalité propre au Québec? C’est pourtant ce que font toujours de nombreux commentateurs. Et cela, même si la formation collégiale n’a pas du tout à rougir des comparaisons avec la formation offerte dans d’autres pays ou dans d’autres provinces.

Non seulement les cégeps forment des infirmières parfaitement qualifiées, en ajustant constamment les compétences qui leur sont transmises aux besoins du milieu, mais ils les forment sur l’ensemble du territoire québécois, à la satisfaction des employeurs, rappelons-le. Dans tout ce débat, on a effectivement trop souvent omis de dire que la qualité de la formation des techniciennes et des techniciens issus du programme Soins infirmiers au cégep n’a jamais été mise en cause, alors que les deux tiers des infirmières qui travaillent chaque jour auprès des patients sont diplômées du cégep.

Les cégeps ont toujours considéré que le marché du travail pouvait accueillir à la fois des infirmières techniciennes et des infirmières bachelières. La formule du DEC-BAC devrait d’ailleurs être plus largement accessible, pour ceux et celles qui veulent poursuivre leurs études à l’université. Cependant, la formation offerte dans les cégeps doit demeurer qualifiante et une étudiante qui souhaite intégrer le marché du travail après trois ans doit pouvoir le faire. Parce que cette formule continue de faire ses preuves, même si la complexité des actes professionnels à accomplir s’est accrue. C’est pourquoi d’ailleurs le programme de DEC pourra être rehaussé pour évoluer au même rythme que les besoins de la population.

Au sein du groupe de travail et publiquement, nous avons réclamé depuis le début des travaux que toute modification à la formation soit précédée d’une analyse de la situation de travail des infirmières. Cette analyse vient d’être annoncée par les ministres Réjean Hébert et Pierre Duchesne.

À mes yeux, plutôt que de déplorer que le baccalauréat demeure toujours optionnel pour les futures infirmières, réjouissons-nous qu’une analyse approfondie du travail quotidien du personnel infirmier permette d’apporter les ajustements nécessaires à leur formation s’il y a lieu. Au final, c’est la population du Québec qui y gagnera.